mardi 24 octobre 2017

Les Gorfous Macaronis de retour sur l'Île de la Possession


Rencontre fortuite au "Jardin Japonais"

Une fenêtre météorologique favorable s'est ouverte ce week-end, rendant possible une manip express dans le nord de l'île en vue d'un comptage dans la manchôtière et de relevés de nids d'albatros fuligineux sur les falaises du site de Pointe Basse (images à venir sur ce blog).

A flan de falaise, à l'extrémité ouest du Jardin Japonais, un des sublimes sites de l'île de la Possession, nous avons croisé une vingtaine de gorfous macaronis assoupis. Ils sont de retour pour la période d'accouplement comme tous les mois d'octobre, mais c'est toujours une belle surprise que de se retrouver en présence de ce fort sympathique habitant de Crozet.

Voici quelques photos de ces chères têtes ébouriffées avec leur gueule d'ado rebelle. Les plus passionnés de la faune australe trouverons également quelques descriptions du mode de vie de nos amis à la fin de cet article.
    








Nom anglais : Macaroni penguin
Nom latin : Eudyptes chrysolophus 

Généralités

Sa tête et son dos sont noirs alors que son ventre est blanc. Les adultes pèsent en moyenne 5,5 kilogrammes et mesurent 70 centimètres de long. Les mâles et les femelles ont une apparence relativement semblable même si le mâle est plus gros avec un bec plus long. Les jeunes sont moins grands et ont un bec plus petit, plus terne et presque brun. Le plumage de leur menton et de leur gorge est gris foncé et leurs aigrettes sont peu développées, voire absentes. Ils ne possèdent en général que quelques plumes jaunes éparses.
Son alimentation est composée de crustacés, de petits poissons et de céphalopodes. En raison de son abondance, le Gorfou doré est le principal consommateur avien d'aliments d'origine marine. Il mue une fois par an et passe alors trois ou quatre semaines à terre avant de retourner à l'eau.

Reproduction

La cour commence quelques jours après que les femelles sont arrivées dans la colonie. Les mâles la font pour attirer des partenaires et marquer leur territoire. Pour faire la cour, le gorfou macaroni s'incline en avant, fait des bruits lancinants et lève la tête jusqu'à que son cou et son bec soient verticaux. Dans cette position, il fait onduler sa tête d'un côté à l'autre et crie bruyamment. Ils s'inclinent les uns vers les autres et se lissent les plumes. Les gorfous macaronis adultes s'accouplent généralement en octobre et pondent leurs œufs début novembre. Une femelle pond deux œufs par an. Le premier est un tiers plus petit que le second. Ce dernier a peu de chance d'éclore. La couvaison se répartit en trois sessions d'environ douze jours sur une période de cinq semaines. La première session est tout d'abord assurée par les deux parents. Ensuite, le mâle laisse la femelle et part dans l'eau. Quand il revient, il la remplace jusqu'à l'éclosion. Quand il n'y a pas d'adultes pour les protéger, les petits forment des crèches. Mâles et femelles jeûnent pendant de longues périodes lors de la couvaison. Le mâle jeûne tout d'abord 37 jours, puis c'est au tour de la femelle pendant 42 jours et de nouveau au mâle pour 36 jours. Ces jeûnes leur font perdre entre 36 et 40 % de leur poids. Les gorfous quittent leur colonie et se dispersent dans l'océan entre avril et mai.

Prédateurs

Le léopard de mer, les otaries à fourrure chassent occasionnellement les gorfous adultes sous l'eau. Les colonies sont rarement les cibles des attaques de prédateurs qui ne s'en prennent qu'aux œufs et aux jeunes qui ont été abandonnés. Les skuas, le chionis et le goéland dominicain s'en prennent aux œufs, parfois aux petits.

Menaces

Le gorfou macaroni subit les conséquences de la pêche industrielle et de la pollution marine. Les capacités de reproduction des gorfous dorés femelles ont été affectées par la réduction de la densité de krill dans les océans, due aux changements climatiques et à la pêche.


jeudi 19 octobre 2017

La Baie Américaine et ses éléphants de mer

Mois d'octobre à BUS, Île de la Possession

A la rencontre des éléphants de mer


 Voilà déjà près d'un mois que les éléphants de mer sont revenus sur nos côtes de l'Île de la Possession. Les bonbons se sont multipliés et sont progressivement en train de perdre leur pelage noir pour désormais une livrée grise. Alors que les petits gagnent peu à peu leur autonomie, les harems se constituent. Les femelles commencent à être sollicitées par de jeunes mâles entreprenants mais les pachas veillent. Dans quelques semaines la (toute relative) tranquillité des plages disparaîtra. Elles se transformeront en arènes où de rudes luttes sanglantes se dérouleront pour la conquête de ces dames.

Nous vous invitons à la rencontre des éléphants de mer de la Baie Américaine. Coincée entre le Cap Chivaud et le Cap de l'Antarès, la Baie Américaine, dite aussi Baie US et BUS, est un des lieux préférés des hivernants de Crozet. Elle est située à l'ouest de l'île et facile d'accès depuis la base Alfred Faure avec seulement deux heures et demi de marche pour s'y rendre. C'est surtout un endroit de toute beauté au bout de la Vallée des Branloires et à l'embouchure de notre grand "fleuve" crozétien, la Moby Dick. De nombreuses colonies d'oiseaux et de mammifères marins s'y donnent rendez-vous en ce début de printemps austral.

Nous y étions également cette semaine, sur le chemin de retour d'une "Manip" technique dans le nord de l'Île. Nous avons pu profiter d'un arrêt réparateur à la fameuse "cabane de BUS", plantée sur la grève à quelques mètres seulement de nos hôtes phocidés. Quelques photos pour vous faire ressentir la magie des lieux ...
 

La cabane de BUS, posée sur la plage de la Baie Américaine, à l'embouchure de la Moby Dick. En arrière plan, le Morne Rouge, témoignage d'un des derniers épisode volcanique de l'archipel de Crozet. 
Trois ou quatre harems comptabilisant au total plus de 300 femelles occupent la plage de sable gris de BUS. Les groupes comptent de nombreux bonbons en ce mois d'octobre.
Les naissances se succèdent jour et nuit. Ce nourrisson n'a que quelques heures mais pèse déjà une quarantaine de kilos.

A peine né, le bonbon se lance à la recherche du lait maternel. Il va téter pendant un petit mois avant de devenir autonome. Le lait de l'éléphant de mer est un des plus nourrissant du règne animal
Le sevrage approche et ce jeune bonbon perd peu à peu sa fourrure noire pour un pelage gris perle. Une toison épaisse n'est plus nécessaire : après trois semaines d'allaitement notre bonbon est devenu bien rond et grassouillet. Il pèse déjà près d'un bon quintal.
Nourrisson joufflu et bien portant. Très vite le bonbon part explorer le monde et démontre une grande curiosité. Attentif au moindre mouvement rien de ce qui se passe autour de lui ne lui échappe.
Ca ne traîne pas... à peine la femelle a -t-elle mis au monde son petit, la voilà de nouveau sollicitée par un mâle dominateur et en tantinet possessif. A BUS les harems comptent environ soixante à soixante-dix femelles pour un pacha.

A la périphérie d'un harem, un jeune mêle semble faire la sieste. Ne vous y fiez pas. Il est parfaitement attentif à son environnement. Qu'une femelle s'éloigne un peu du centre de la colonie ou que le pacha soit hors de vue et il tentera sa chance avec la belle ...

Mais le pacha connait toute les fourberies des autres prétendants et veille au grain. Il se redresse périodiquement pour observer les alentours et éructe puissamment pour signaler aux importuns sa présence.
Si d'aventure les cris rauques n'y suffisaient pas, le pacha se redresse et d'un oeil menaçant exprime sa colère de façon encore plus véhémente : dernier avertissement avant de se lances à la poursuite de son adversaire. La course est courte mais, compte tenu du poids de l'animal, rapide et surtout très impressionnante. L'animal est vraiment massif, les gros mâles font de quatre à six mètres de long et pèsent jusqu'à trois tonnes et demi.
Le pacha aura été (encore un fois) le plus fort. Il n'aura pas même dû poursuivre le prétendant au trône, ses râles auront suffit pour faire fuir ce jeune mâle, penaud.
Toutes ces scènes se passent sous les yeux mi accablés mi scandalisés des manchots royaux. Il existe effectivement une colonie de manchots royaux à Bus. Ces deux individus doivent traverser un harem pour rejoindre leur colonie, au risque de se faire écraser au beau milieu d'une lutte entre deux mâles éléphants.
La colonie de manchots royaux de la Baie Américaine est très peu dense et ne donnera très probablement aucun résultat en termes de reproduction cette année (rien à voir avec la surpopulation de la Baie du Marin, du Jardin Japonais ou de la Petite Manchotière). Elle a élu domicile au bord de la Moby Dick, à deux cent mètre environ de l'embouchure de la rivière. En cette saison les manchots royaux muent et les individus sont particulièrement fragiles.
Sur le toit de l'arbec rouge qui jouxte la cabane de BUS, le chionis (petit bec en fourreau) domine la plage. Finalement c'est peut-être lui le maître des lieux.
Nous pourrions y rester des jours entiers à contempler la nature. Il nous faut pourtant rentrer sur la base, laissant derrière nous la cabane de BUS et son arbec rouge. Des images plein la tête, Bruno se lance d'un pas décidé sur le transit du retour ...



lundi 16 octobre 2017

Pic du Mascarin

Un dimanche sur le point culminant de l'Île de la Possession

 

Panorama à 360°


Un créneau météorologique exceptionnel s'est ouvert ce week-end, après des semaines bien nuageuses et très venteuses : une occasion rêvée pour sortir de la base et s'aventurer sur les pentes du Pic du Mascarin pour cinq d'entre nous.  

Guide et inspiratrice de la "Manip Mascarin", Anne-Claire a vite été rejointe par quatre volontaires : Joseph, Dominique, Yvan et Christophe. Dimanche matin, le petit groupe de cinq a donc entrepris l'ascension des 934 mètres du point culminant de l'Île de la Possession. Le départ a eu lieu dans le brouillard qui noyait alors la base. Il s'est bientôt déchiré pour laisser place à un ciel radieux qui laissait l'île dévoiler tous ses paysages.

Un peu d'histoire et de géographie
 
Le nom "Mascarin" fut donné en 1962 au plus haut sommet de l'Île de la Possession. La Commission Territoriale de Toponymie rendait ainsi hommage au "Mascarin", navire que commandait Marion-Dufresne lorsqu'il découvrit des Îles Crozet en janvier 1772. Cette flûte (type de navire à trois mâts très utilisé jusqu'à la fin du XVIIème siècle) était équipée de 22 canons et 140 hommes d'équipage. Ce vaisseau royal avait pour mission l'exploration des mers du Sud à partir des îles Mascareignes comptant l'Île Bourbon (la Réunion), l'Île de France (Maurice) et Rodrigues.

L'Île de la Possession est le témoignage d'un imposant stratovolcan dont les plus anciens vestiges encore visibles datent de près de 8,7 millions d'années. Son histoire géologique a été très mouvementée et a connu trois épisodes bien distincts. Du premier il ne reste que très peu de traces. L'édification du premier stratovolcan s'est étendu entre 8,7 et 2,1 millions d'années et s'est probablement terminé par l'effondrement d'une caldéra située à l'ouest de l'île (sa partie la plus escarpée). S'en est suivie une deuxième phase entre 1 et 0,5 million d'année caractérisée par de nombreuses coulées magmatiques. Leurs successions ont donné lieu à la formation de plateaux encore très visibles.  Enfin, un dernier épisode volcanique holocène (ie. notre ère géologique qui date de moins de 10 000 ans) a créé de nombreux cônes qui rappellent l'origine volcanique de l'île. Au cours de cette longue histoire géologique d'autres phénomènes sont également venus modeler les paysages et enrichir leur diversité, notamment des glaciers qui ont creusé de larges vallées dans les anciennes plaines magmatiques.

L'ascension du Pic du Mascarin à partir de la Base Alfred Faure nous invite à une traversée de la Possession d'Est en Ouest et offre une vue imprenable sur les paysages volcaniques et glaciaires de l'Île de la Possession.

 
 
Invitation au voyage en quelques photos ...


Sur le point culminant de l'Île de la Possession (934m), Joseph vous invite à un voyage dans les paysages de l'île. Plein Est, à plus de vingt kilomètres, notre mystérieuse voisine et objet de bien des fantasmes des habitants de la base Albert Faure : l'Île de l'Est. L'Île de l'Est est le plus vieux vestige de l'histoire volcanique de l'archipel. Elle abrite également le plus haut sommet de Crozet : le Mont Marion-Dufresne (1050 m). 
Sur la ligne d'horizon à l'ouest de la Possession, et de gauche à droite, l'Île des Pingouins, l'Île aux Cochons et les Îlots des Apôtres. Avec la Possession et l'Île de l'Est, ces îles, distantes d'une centaine de kilomètre, forment l'Archipel de Crozet. Le voyage d'est en ouest est aussi un voyage à travers l'histoire géologique de la région. Avec sa forme parfaite et spectaculaire de cône, l'Île aux Cochons (au centre sur la ligne d'horizon) témoignent d'un épisode récent ... entre 1 million et 500 000 ans.
Le Mont du Mieschief (921m) et la vallée des Géants encadrée par les plus hauts sommets de l'Île de la Possession (Mieschief au nord-ouest et Mascarin au sud-est). On distingue également au dernier plan, à droite, les Monts des Cratères avec leur relief volcanique typique et les cônes de scories datant de l'holocène (il sont donc âgés de moins de 10 000 ans). Ils sont encore remplis de neige en ce début de printemps austral.  
Dominique surplombant le panorama de l'ouest de la Possession. Ces paysages offrent un visage différent de l'île avec de larges vallées glacières creusées par le temps dans les coulées volcaniques devenues plateaux. On peut très nettement voir les différentes strates de lave sur la Crête de l'Alouette qui plonge dans la Baie Américaine.  
La Vallée des Branloires et la Baie Américaine vue du sommet. On distingue au second plan le Plateau Jeannel, typique des formations de coulée magmatique, vestige du deuxième âge volcanique de l'île. Sur les flancs de l'Arête des Djinns des bandes de scories rouges de formation beaucoup plus récente.
Le Cap de la Meurthe et les Monts Jules Verne qui tirent leur nom de l'auteur de "l'Île Mystérieuse". Au premier plan le haut du Cirque aux Mille Couleurs avec son paysage volcanique récent caractéristique. 
Le Cirque aux Mille Couleurs et la sublime Vallée des Branloires. A gauche les Deux Rouquines et à droite le "390" qui domine une coulée de scories rouges descendant du Plateau Jeannel. Tous ces repères sont autant de jalons sur le transit de la base à Pointe Basse au Nord Ouest de l'île.
La palette d'ocres du Cirque aux Mille Couleurs.
Yvan reprenant le chemin de la base, laissant derrière lui le Pic du Mascarin dont le versant Sud est encore enneigé.
Dernier regard d'Anne-Claire sur le Lac Perdu et l'Au-Delà, la combe qui l'abrite. Au fond, le Cap du Galliéni et la Baie de La Pérouse. Tout à fait à droite, le Pic du Mascarin et ses escarpements enneigés.
L'Île de l'Est vue de l'Arête des Djinns (874m). La crête tient son nom du type d'hélicoptère "Djinn" qui fut le premier à survoler la Possession en 1957 avec le Colonel Genty. 
En fin de journée, le brouillard remonte du Nord-Ouest pour bientôt envelopper le Mont Branca, dernière étape du retour vers la base.
De retour sur la base perdue dans la brume, après une sensationnelle journée sous un soleil aussi radieux que rare dans nos contrées subantarctiques.